Lundi 26 octobre 2009, 7h00 du matin. Déjà 26° au thermomètre, pas un seul nuage à l'horizon... Je surkiffe vraiment les tropiques, faudra que je pense à venir m'installer dans le coin un jour. En attendant, aujourd'hui, nous nous rendons dans le nord est de l'île, à Tulamben, à l'assaut d'un cargo américain coulé par un sous marin japonais pendant la WWII, l'USAT Liberty.
View Indonésie 2009 - Jour 8 in a larger map.
You Want History - Kaiser Chiefs
Au fond, pas la peine d'espérer y trouver un trésor ou un squelette. En effet, après s'être pris une torpille, le cargo a réussi à manoeuvrer et à s'échouer sur la plage de Tulamben. Il y est resté pendant plus de 20ans, permettant ainsi à l'équipage de récupérer leur marchandise de caoutchouc, et aux balinais des villages environnants, de piller le reste (pour récupérer le métal entre autres), avant de se faire pousser 30m plus loin par l'énorme éruption du volcan Gunung Agung.

En partie recouvert de lave, avec ses 400 espèces de poisson, c'est devenu un très riche écosystème, faisant la joie des biologistes marins venus du monde entier pour l'étudier. Une fois sous l'eau, long de ses 120m, pas simple d'appréhender l'épave : une cabine par ci, un morceau de coque par là... Heureusement un plan à l'entrée du site permet de se rendre compte de l'étendu et de la topographie du site:

Crawl Like A Dog - Creature With The Atom Brain
À Tulamben, le plongeur est roi à tel point qu'une petite économie s'est développée autour. Ainsi, à peine arrivé sur le parking du site, que déjà des porteuses viennent à notre rencontre se saisir des bouteilles et du matériel pour les porter sur la plage. On est toujours un peu gêné de les voir transporter tout ce poids sur leur tête, mais c'est comme ça qu'elles gagnent leurs vies (elles ont des deals avec les clubs de plongée qui viennent ici). Pour la petite info, une bouteille pleine pèse 14kg, auquel il faut ajouter les plombs, les gilets, les combis...

De par la proximité de l'épave avec la plage (une trentaine de mètres), pas besoin de bateau pour se rendre sur le spot de plongée. L'immersion se fait depuis la plage de galets et permet de s'enfoncer progressivement à 20m de profondeur. Plutôt agréable d'ailleurs. Évidemment, lors de la mise à l'eau, une fois équipé, il faut faire attention à ne pas se faire renverser par une vague et éviter de tomber violemment sur les galets.

De gauche à droite: On s'équipe sur la plage - On descend de profil pour éviter d'être trop exposé aux vagues - Et hop, on descend.
Et c'est parti pour une heure de "plein les mirettes".

Comme promis, le site est un aquarium géant et certains l'ont bien compris. Au détour d'un réacteur, nous croisons un barracuda immobile entre deux eaux, à l'affut d'un banc de carangues.

La sortie de l'eau est par contre un peu plus délicate que l'entrée : on se fait légèrement bousculer par les vagues qui nous envoient manger la boue du fond. De plus, avec la combi mouillée et les palmes aux pieds, pas facile de se mettre debout.
Beautiful Freak - Eels
Avant de se remettre à l'eau pour la deuxième plongée, on a droit à un déjeuner traditionnel dans l'échoppe voisine. Pendant qu'on se repose, une des porteuses ramène nos bouteilles vides au camion, en emmène des pleines sur la plage et prépare notre équipement... Moi qui n'aime pas me faire servir à outrance, je suis gâté...
Pour la seconde plongée, notre moniteur de plongée décide de nous emmener à l'extremité ouest de l'épave, beaucoup moins fréquentée, et près de laquelle il connait quelques bons coins: avec en particulier un endroit surnommé Eels Garden (le jardin des anguilles).

Dans le fond, plusieurs dizaines d'anguilles attendent que le courant leur porte leur déjeuner. En premier plan, une raie pastenague nous fait l'honneur de sa présence.
Alors qu'on erre à quelques brasses de l'épave, on se retrouve enrôlé au coeur d'un immense cyclone de carangues (2 à 3000 poissons). Sensation plutôt magique de voir tous ces poissons vous tourner autour... jusqu'à ce qu'un énorme TCHAK retentisse sous l'eau et provoque la fuite de ces 3000 poissons, en même temps, et dans la même direction. Ou plutôt 2998, car 2 d'entre eux viennent de servir de déjeuner au barracuda qui rodait autour de nous; le tchak en question étant en fait le bruit de ses mâchoires sur sa proie. Quand on sait à quel point l'exploration des mondes sous marins est silencieuse, un tel bruit a de quoi faire sursauter un mort.

De gauche à droite: Le banc, avant de se retrouver au milieu - Les poissons qui fuient en même temps devant le prédateur.
Après toutes ces émotions, soirée au calme à l'hôtel. Je m'endors en écoutant le dernier album d'Archive, sorti pendant que j'étais à Java et ramené par Anne Cécile !
Et demain !?
Demain, cours de nature ! Vous découvrirez comment poussent le riz, les cacahuètes ou les ananas et à quoi ressemble le meilleur fruit du monde: le mangoustan.
Dimanche 25 octobre, 7h00 du matin et dernier jour dans ce paradis. Anne Cécile arrive dans quelques heures à Denpasar, l'aéroport de Bali et ma mission de la journée est d'y arriver avant elle. Avant cela, on profite une dernière fois de la piscine et on va de nouveau faire un tour au club de plongée ReefSeen pour y découvrir son programme environnemental.

Dynamite - AC/DC
Au tout début des années 90, Chris Brown, instructeur de plongée australien arrive à Pemuteran et tombe amoureux de son rivage. Pourtant, une tempête est passée par là quelques mois auparavant, et la barrière de corail qui protégeait la plage est régulièrement dynamitée par les habitants du village pour en faire de la chaux, matériau de construction pour leurs habitations. Or, en plus de faire remparts contre les vagues qui s'écrasent désormais sur le village, la barrière servait de refuge à de nombreuses espèces, matière première des pêcheurs de Pemuteran.
Ayant lu un article scientifique sur comment favoriser la croissance du corail peu de temps avant, Chris décide de contacter le chercheur en question est de l'inviter en Indonésie, pour expérimenter son système. En bref, il s'agit de déposer des structures métalliques au fond de l'eau, de les alimenter en électricité et de déposer dessus des pousses saines de corail. Dopé par le courant, le corail se développe jusqu'à 10 fois plus vite qu'au naturel. Plus d'infos ici.

Petit aperçu des nouvelles cages destinées à faire pousser le corail. Photos issues du site de ReefSeen
Forts de ces résultats, ils commencent alors un travail de sensibilisation des pécheurs locaux, des hôtels et autres établissements, sur l'importance du corail dans leurs activités respectives et fondent l'association The Reef Gardeners. Aujourd'hui, la faune sous marine est de retour et tout le monde a adapté son activité pour respecter la barrière. Par exemple, chaque plongée ou chaque nuit passée à Pemuteran fait l'objet d'une taxe de 1$ qui est reversée à l'association.
The Nurse - The White Stripes
Sauf que Chris ne s'est pas arrêté là: avec la barrière, sont également revenues les tortues. Dangereusement en voie d'extinction, il a évidemment décidé de les protéger et de favoriser leurs chances d'arriver à maturité. Mission louable quand on sait qu'une tortue sur 100 atteint l'age de reproduction...
Ainsi, chaque fois qu'une tortue vient pondre sur la plage, les oeufs sont recueillis par les villageois et emmenés à la nurserie de Chris. Ici, ils sont alors gardés sur une plage artificielle à l'abri jusqu'à éclosion, puis dans un bassin jusqu'à leur adolescence (quelques mois) et enfin relâchées à la mer.

Ce sont ainsi 6000 petits reptiles qui ont été accueillies ici depuis l'existence de la nurserie. D'ailleurs, l'une de ces 6000 tortues s'est tellement plu lors de son séjour chez Reef Seen qu'elle revient inlassablement chaque année à son lieu de naissance. Déjà relâchée et revenue 5 fois, Boomer (c'est son nom), est désormais devenue la mascotte du club.

Dry Wing - Pete And The Pirates
Il est désormais temps de quitter Pemuteran et de me séparer de mes compagnons de fortune, pour rejoindre l'aéroport de Denpasar, y accueillir Anne Cécile et enfin rejoindre notre point de chute de la soirée : Padang Bai, dans le sud est de l'île.
View Indonesie 2009 - Jour 7 in a larger map. En rouge Pemuteran, le point de départ. En turquoise Padang Bai, point d'arrivée.
À Padang Bai, nous attendent les gens du club de plongée de IkanDive pour un briefing: en effet, nous avons prévu de plonger dès le lendemain (pas de pitié pour le jetlag d'AC) sur une épave au nord l'île (spot mondialement réputé). Alors que je n'ai eu aucun ennui avec les moustiques depuis mon arrivée, Anne Cécile se fait piquer 8 fois en quelques minutes à peine... À croire qu'il préfère la chair fraiche.

Une fan de Ghinzu en Indonésie.
Et demain !?
Demain, vous découvrirez à quoi ressemble un torpilleur US de la seconde guerre et à quoi ressemble un BA-RA-CU-DAAAAA.
Samedi 24 octobre 2009. Enfin une vraie nuit de sommeil dans un vrai lit... Pas d'appels à la prière incessants, calme absolu, bienvenue à Bali (qui est à 98% hindouiste, contrairement aux autres iles indonésiennes). Il est 6h du matin (oui je suis quand même encore un peu jetlaggé), et aujourd'hui sera l'occasion de mettre enfin les palmes à l'eau, pour la première fois, depuis mon arrivée dans le pays. Ce sera aussi l'occasion de baptiser mon caisson étanche d'appareil photo et vérifier si mes talents de photographe sont aussi médiocres sur l'eau que sous l'eau...
Neighborhood - Arcade Fire
En attendant que mes comparses se lèvent pour le petit déjeuner, je profite de mon temps libre pour visiter les alentours de l'hôtel, à savoir la plage de sable noir et le village de pêcheurs de Pemuteran. Situé à quelques mètres seulement de l'hôtel, le contraste est plutôt saisissant.

De gauche à droite: les bateaux des pêcheurs (toutes les familles du village vivent de cette activité) - Aperçu du village.
Encore plus saisissant depuis notre table de petit déjeuner à quelques mètres de la piscine...

De gauche à droite: Jus de pastèque et petit déjeuner (pas très indonésien) - Une jolie piscine...
The Walls Are Coming Down - Fanfarlo
8h. Il est temps de rejoindre le club de plongée du Reef Seen pour un dernier briefing ! En effet, pour mon baptême indonésien, j'ai mis la barre haut : au nord ouest de Pemuteran, se trouvent l'île de Menjangan et son immense réserve naturelle aquatique.
View Indonesie 2009 - Jour 6 in a larger map. En rouge, le village de Pemuteran. En haut à droite, l'ile de Menjangan.
Réputée pour être un des plus beau site de plongée et de snork indonésien, il s'agit d'un tombant juste sous la surface qui descend jusqu'à 60m de profondeur.

De gauche à droite: Au dessus - En dessous.
Sur ce tombant, bien évidemment, des tonnes de petites espèces qui n'attendent que nous. Enfin, comble du luxe, un doux courant nous porte le long du mur, nous dispensant ainsi de donner le moindre coup de palmes...

De gauche à droite: Falaise et corail - Une jolie murène - Un petit poisson-lion.
12h, pause pour reprendre des forces avant la deuxième plongée. Pour agrémenter le déjeuner, le capitaine du bateau nous emmène à Coral Garden, spot de snorkelling apparemment réputé. Avec quartier libre pour ceux qui souhaitent vérifier si la réputation est fondée ! Et je confirme qu'elle l'est: à peine 2m de profondeur et des centaines d'espèces... Grandiose.


De gauche à droite: Coral Garden dessus - Dessous - Oups, je ne me rappelle plus du nom de ce poisson - Une coque - Un bon gros poisson coffre.
Pour terminer en apothéose, la deuxième plongée se fait sur une partie plus profonde (15m) de Coral Garden. Encore une fois, il suffit de se laisser porter par le courant pour s'en prendre plein les mirettes. D'ailleurs on en a les yeux tellement collés au fond, qu'on en oublierait presque de surveiller nos arrières. Heureusement notre guide de plongée veille au grain, et n'oublie pas de nous avertir lorsqu'une tortue verte juste derrière nous.


De gauche à droite: On comprend mieux pourquoi ça s'appelle Coral Garden - Bis - Une tortue de passage - Nemo et Marin dans leur maison - Oskar qui s'amuse avec Nemo.
On resterait des jours à observer la faune locale mais, malheureusement les bouteilles sont vides et il est temps de rejoindre Pemuteran...

Et Demain !?
Demain, vous apprendrez à quoi ressemble une nurserie de tortues et comment on fait repousser une barrière de corail dynamité. Enfin, Anne Cécile atterrit enfin à Bali.
On prend les mêmes et on recommence! Vendredi 23 octobre 2009, il est 3 heures du matin, la nuit a été courte et un nouveau volcan nous attends. Cependant, aujourd'hui pas de lever de soleil majestueux, de plate forme d'observation bétonnée ou d'escaliers pour atteindre le sommet du cratère. Kawah Ijen n'a pas le charme et l'accessibilité de Bromo, ce qui le rend ainsi beaucoup moins touristique... à notre grand bonheur d'ailleurs.
Hidden Lakes - Shearwater
En repos depuis 2003, Kawah Ijen, la cratère vert en Indonésien, culmine à 2400m et abrite le lac le plus acide de la planète. Il est connu des touristes français car médiatisé en 1998 par Nicolas Hulot lors d'une de ses émissions Ushuaia.

Petit aperçu du cratère et de son lac.
Ce qui fait tout l'intérêt de cet endroit, c'est qu'il s'agit en fait du principal centre d'exploitation de soufre de toute l'Indonésie. À quelques pas du lac, au fond du cratère jaillissent plusieurs bouches de vapeur de soufre.

De gauche à droite: arrivée en haut du cratère - apercu sur le lac acide et les bouches de soufre (pointé en rouge, le refuge des mineurs à l'intérieur du cratère pour donner une idée de l'échelle).
Ces vapeurs sont alors canalisées et refroidies pour en accélérer la cristallisation et les transformer en minerai. Les mineurs, vivant dans le village voisin, brisent alors le minerai pour le transformer en blocs et les ramener, à pied, à l'extérieur du cratère. Ils passent alors la journée entière, avec 100kg de soufre sur les épaules, à parcourir les 16kms qui les séparent de l'usine : ce qui comprend évidemment de remonter depuis le fond du cratère vers la couronne et en redescendre. Pas la peine de préciser que le chemin n'est pas aménagé et qu'à certains endroits, c'est plus de l'escalade que de la randonnée. Déjà qu'avec seulement notre sac à dos, l'ascension n'est pas de tout repos, alors avec 100kg, je n'ose pas imaginer...

De gauche à droite: Les canalisations qui refroidissent les vapeurs de soufre - Les mineurs qui cassent le minerai en blocs et remplissent leurs paniers - Petit aperçu du lac acide (ça donnerait pourtant envie de s'y baigner) - Mineurs escaladant la face intérieure du cratère.
Slave Labour - Fear Factory
Durant notre ascension, nous croisons alors beaucoup de mineurs qui n'hésitent pas, malgré leurs paniers sur le dos, à s'arrêter, nous saluer et essayer d'échanger quelques mots. Le fait que je sois français et m'appelle Nicolas, leur plait beaucoup : Nicolas Hulot est un peu leur idole ici, il a vécu presque un mois avec eux et leur a fait faire à tous un tour d'hélico au dessus du volcan, la grande classe.

Heureusement qu'ils m'ont aidé à me relever avec...
Ils nous expliquent que le travail est bien payé (2 fois le salaire moyen, soit quand même une misère) mais que la durée de vie en prend un coup. Entre les vapeurs de soufre, du lac d'acide et l'effort quotidien, ils dépassent rarement les 50ans. Ils ont malgré tout toujours le sourire et la cloppe au bec !!

Et ils raffolent évidemment des photos (surtout avec des demoiselles européennes mais bon) !!
Island In The Sun - Weezer
View Indonesie 2009 - Jour 5 in a larger map. En rouge le point de départ. En turquoise l'arrivée. Entre le volcan et la traversée pour Bali.
Tout comme hier, nous n'avons pas vraiment le privilège de nous attarder longtemps. Il nous faut reprendre la route une dernière fois, à destination de Banyuwangi pour prendre le ferry pour Bali. Soit 3 heures de route pour parcourir les... 44 kilomètres... qui nous séparent du port... Encore une fois, le chemin est plutôt chaotique et en fait voir de belles aux estomacs de tout le monde.

Heureusement, à mesure que l'on se rapproche du port, de nouveaux paysages, plus balinais cette fois, commencent à se dessiner.

Oh les jolies rizières - En route pour Bali.
Après 1h de traversée, nous atteignons enfin Bali, l'Île des dieux. Pour ma part, ma prochaine étape est Pemuteran, sur la côte Nord pour enfin découvrir les fonds marins indonésiens. La majorité de mes compagnons de fortune étant eux aussi plongeurs et n'ayant rien de prévu, je ne peine pas trop à les convaincre de se joindre à moi, quelques jours de plus, avant l'arrivée d'Anne Cécile en Indonésie.
Du coup, au lieu de débarquer tout seul à l'hôtel que j'avais réservé, c'est à 6 que nous arrivons. Cette fois, fini les taudis au beau milieu de la jungle et place aux hôtels un peu classes à 30$ la nuit ! Il faut dire qu'après avoir vu le programme "Volcan" qui m'attendais, j'avais prévu le coup pour l'après et avait cherché quelque chose de confortable... La montagne d'un côté, la mer de l'autre, 3 piscines à débordement, bungalows baignés dans un immense jardin fleuri, staff au petit soin... on peut, en effet, parler de confort... (oui je sais, ce n'est pas trop tourisme équitable tout ça mais bon).

Même chose pour le briefing au club de plongée. Au lieu de débarquer tout seul, nous voila 6 à vouloir plonger ensemble le lendemain. Heureusement le boss, Chris, un australien absolument adorable réorganise le planning déjà chargé pour nous !
Et demain !?
Demain c'est macro diving et cours d'écologie : comment faire repousser le corail dynamité en 10 leçons!